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Culture de la gagne

Laurence Rousseau
Laurence Rousseau

Tour de France relocalisé, Coupe de l’UEFA défiscalisée, JO 2024 en pointillé, Expo universelle plébiscitée… Les grands événements qui vont ou pourraient se dérouler sur le sol national connaissent des fortunes diverses. Mais on ne peut nier que la manière de les appréhender par les politiques et le grand public a sensiblement évolué. En témoigne cette approche pragmatique, imposée par la conjoncture, qui fait dire notamment à l’homme de la rue : « Si on y va, c’est pour gagner ! », « Les JO, je veux bien, mais combien ça va coûter ? », ou encore « Ça va être bon pour le tourisme et notre renommée internationale ! ».

Une gestion et une vision ROIstes s’est imposée, ce qui est plutôt salutaire. Pour gagner l’UEFA 2016, le gouvernement a enfilé les gants de boxe et adopté des méthodes à l’anglo-saxonne, celles qui nous auraient tant fait défaut face à Londres lors de l’attribution des JO 2012. La fin justifiant les moyens, nous avons notamment fait un cadeau fiscal à l’UEFA pour accueillir le 3e événement sportif mondial, ce qui de toute façon figurait dans le cahier des charges de l’instance sportive. Maintenant il s’agit, selon le président de l’Euro 2016 SAS, de faire du tournoi le plus grand club d’affaires d’Europe, les grands groupes comme les PME s’appuyant sur l’événement pour faire des hospitalities et donc du business. Dont acte.

Aurons-nous la possibilité d’estimer le chiffre d’affaires généré pour les entreprises en question ? Pas vraiment. Les études d’impact économique qui existent actuellement mesurent, pour l’instant, celles pour les destinations hôtes des événements et non les flux commerciaux générés au cours de ceux-ci. À relativiser aussi les 3 ou 4 millions de visiteurs attendus durant la compétition, que font miroiter ministres des sports actuels ou passés. Seront-ils des visiteurs supplémentaires pour la France ou bien des amateurs de ballon rond qui remplaceront les touristes que nous attirons de facto chaque année, qui plus est en juin et en juillet ?

Dernier argument brandi, celui de l’attractivité des territoires et de la résonance médiatique des manifestations internationales. Le gouvernement y est forcément très sensible. Faire partir le Tour de France 2015 du Mont-Saint-Michel participe du même souhait, ASO n’ayant pas fait ce choix que pour rendre hommage à la Mère Poulard. Restera pour tous ces événements à garantir certes un ROI positif, mais aussi un ROE (Retour sur Emotion) exemplaire.

Excellente lecture,

Laurence Rousseau,
Directrice de la rédaction